Amour

Chers parents biologiques…

J’ai longtemps hésité avant de faire cet article. Peur de ne pas trouver les bons mots, peur de me retrouver submergée par mes émotions, peur de ce que ça peut réveiller en moi… Vous savez que la cinéma fait partie intégrante de ma vie. J’avais déjà reçu une claque il y a deux ans à la sortie de Pupille (magnifique film sur l’adoption que je vous recommande chaudement) et là je viens de découvrir C’est toi que j’attendais, un documentaire dont la sortie a été repoussée suite à la situation sanitaire. De quoi remuer certaines choses en moi et qui me donnent envie aujourd’hui d’écrire cette lettre à ces parents que je connaitrai probablement jamais.

Chers parents biologiques,

Je ne sais rien de vous. Maman, je sais que tu m’as donné naissance le 6 juin 1994 dans un petit hôpital à Vūng Tàu qui a depuis était détruit. Je sais que j’étais un enfant désiré par vous deux mais que je suis arrivée alors que vous n’étiez pas mariés. Impossible pour vous dès lors de me garder alors je suis née sous X mais avant de me laisser à l’adoption vous m’avez donné un souvenir : une petite couverture que je garde toujours précieusement. Je suis chanceuse, je pense que beaucoup d’enfants n’ont pas un souvenir de leurs parents.

J’ai eu une enfance heureuse, ne vous inquiétez pas. J’ai été bien élevée, par des parents franco-belges je vous laisse imaginer l’écart avec la petite fille vietnamienne que je suis. Du coup au repas on était plus frites que plats asiatiques mais je me rattrape aujourd’hui ! J’ai eu tout ce que je voulais quand j’étais petite… peut-être même trop mais que voulez vous j’étais la première de la famille. On m’a appris de bonnes valeurs : la gentillesse, la générosité, l’altruisme et à ne pas faire trop de bêtises. Bon j’en ai fait comme tout bon enfant évidemment mais jamais rien de grave promis. J’ai toujours su que j’avais été adoptée. D’ailleurs c’était un sujet tellement naturel chez nous que je ne me souviens pas exactement quand ma maman (oui parce que même si elle est adoptive c’est ma maman et elle le restera pour toujours) me l’a annoncé. Je me souviens par contre des regards interloqués des autres enfants. C’est quelque chose qui m’a souvent blessé. On me demandé sans cesse « Mais ta vraie maman alors ? », « Tu veux pas connaître ta vraie maman ? ». Mais ça veut dire quoi ? Il n’y a pas de vraie ou de fausse maman. Ma maman est ma vraie maman qu’elle m’ai donné naissance ou non et je l’aimerai toujours. Les regards n’ont pas toujours été tendres ni même les remarques mais on passe vite au-dessus.

On m’a souvent demandé si je souhaitais retrouver mes vrais parents. L’idée ne m’avait pas traversé l’esprit jusque là. Non pas que je n’en ai rien à faire de vous ne vous méprenez pas mais ce n’était pas un besoin. Tout le monde me disait que ça viendrait avec l’âge et moi je répondais fièrement (et parce qu’on est têtus lorsqu’on est enfant) que non ça ne risquait pas d’arriver. Comme on dit, ne jamais dire jamais.

J’ai récemment découvert le documentaire C’est toi que j’attendais et ça m’a totalement bouleversé. Sans tomber dans la chronique cinéma (y a un site pour ça voyons), je me suis posée tout d’un coup de nombreuses questions. Est-ce l’âge qui fait que ça remue dans ma tête ? C’est probable aussi.

Est-ce que vous pensez à moi lorsque c’est mon anniversaire ? Peut-être même que vous me le souhaitez de là où vous êtes. Est-ce que ça vous fait un pincement au coeur lorsque vous pensez à moi ? Si vous n’en avez pas ce n’est pas grave, je ne vous en voudrez pas. Est-ce que vous êtes toujours ensembles ? J’imagine que vous vivez heureux quelque part, probablement dans la campagne (ouais je suis sûre que vous êtes des campagnards). Je me suis souvent demandé si j’avais des frères et soeurs. Est-ce qu’ils connaissent mon existence ? Seraient-ils heureux de me connaître ? Je serais curieuse de voir à quoi ils ressemblent. Vous avez des animaux de compagnie ? Parce qu’on en a eu chez nous : chiens, poissons rouges, hamsters… Bon aucun d’entre eux n’a survécu et notre fond de jardin est devenu cimetière. Est-ce que vous avez cherché à me retrouver ? Est-ce que vous vous sentez coupable ? Si vous pensez l’être je vous rassure de suite, je ne vous en veux pas. Ce n’est pas de votre faute, une question de timing, une question de société pourrie aussi mais ça c’est un autre débat. Vous savez je n’ai pas cherché à vous retrouver aussi et je ne pense pas le faire (ne jamais dire jamais comme je disais plus haut). Ce sont des démarches longues et éreintantes d’autant plus que je suis née sous X, sans aucune autre information et que l’hôpital a disparu. Bon et puis vous m’avez donné naissance au Vietnam ce n’est pas la porte à côté non plus.

Parfois le soir quand je suis dans mon lit je m’imagine nos retrouvailles. Je ne peux pas m’imaginer vos visages mais je ressens cet amour, vos bras m’entourant, la chaleur humaine, les rires mêlés aux pleurs et tellement de temps que nous devrions rattraper. Je vous ferais découvrir ma vie, mon travail, mes amis et je vous bombarderais de photos de moi de mes 1 an jusqu’à aujourd’hui. J’espère que vous seriez fiers de moi, de la personne que je suis devenue mais également de ma maman parce qu’elle m’a bien élevé. Nous passerions des vacances ensembles, je retournerais au Vietnam (par contre je déteste l’avion mais je veux bien faire un effort exceptionnellement), vous m’apprendriez le vietnamien et je découvrirais le reste de ma famille.

Tout ceci reste utopique, mais peut-être pas impossible qui sait un jour. Je ne sais pas qui vous êtes, je ne sais pas où vous êtes, je ne sais même pas si vous êtes encore en vie. Je le souhaite haut et fort car j’aimerais pouvoir un jour vous remercier d’avoir fait ce sacrifice et de m’avoir offert une chance. Je la saisis pas encore totalement, j’ai encore beaucoup de choses à prouver mais j’espère que quelque part dans votre coeur vous avez gardé une petite place pour moi car vous aurez toujours votre place dans le mien.

Margaux

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